Vitamine D : Entretien avec le Pr Vincenzo Castronovo
1. Vitamine D et calcium : une vision trop réductrice
À l’origine, la vitamine D a été identifiée dans la prévention du rachitisme, car elle permet l’absorption intestinale du calcium.
Mais le calcium seul ne suffit pas à fabriquer de l’os : il faut une matrice osseuse, des protéines spécifiques et une régulation hormonale fine.
Le squelette n’est pas seulement une structure pour tenir debout :
sa fonction première est d’être une réserve vitale de calcium, indispensable à la contraction musculaire, au cœur et à la vie.
2. La vitamine D ne fonctionne jamais seule
La vitamine D ne peut agir efficacement que si plusieurs conditions sont réunies :
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Présence suffisante de vitamine A (partenaire indispensable)
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Apport suffisant en fer (nécessaire à l’activation enzymatique)
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Bon fonctionnement du foie et des reins
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Digestion correcte des graisses (vitamine D liposoluble)
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Taux de cholestérol suffisant (précurseur de la vitamine D)
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Bon fonctionnement du microbiote intestinal
Sans vitamine A, la vitamine D est comme « une chaussure sans l’autre pied » : elle ne peut pas activer les gènes dont elle dépend.
3. Une hormone aux effets systémiques
Environ 3 % de nos gènes sont sensibles à la vitamine D, ce qui explique son action dans :
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le cerveau
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les muscles
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le système immunitaire
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le foie
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les os
Elle joue un rôle clé dans :
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la régulation de l’immunité
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la tolérance immunitaire (anti-inflammatoire)
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les maladies auto-immunes
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les allergies
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certaines formes de dépression
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la prévention de la sarcopénie (fonte musculaire)
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la réduction du risque de chute et de fracture
La vitamine D est aujourd’hui considérée comme une hormone anti-inflammatoire majeure.
4. Carences fréquentes et grandes inégalités
Nous ne sommes pas tous égaux face à la vitamine D :
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différences génétiques (polymorphismes)
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différences d’absorption
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différences d’activation et de transport
Ainsi, une personne peut avoir un taux « normal » de vitamine D sanguine, mais mal l’utiliser, ce qui explique les résultats contradictoires des études.
5. Soleil, alimentation et limites modernes
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Le soleil est indispensable, mais :
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inefficace en hiver au nord de Madrid
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bloqué par les écrans solaires
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Les sources alimentaires de vitamine D sont rares
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Les carences en vitamine A sont fréquentes (moins de produits animaux, foie peu consommé)
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La vitamine A végétale (bêta-carotène) nécessite :
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un intestin en bon état
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des graisses
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une bonne mastication
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6. Vitamine K2 : la clé oubliée
La vitamine K2 :
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dirige le calcium vers l’os
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empêche les calcifications ectopiques (artères, tendons)
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réduit la mortalité cardiovasculaire
Elle est produite par le microbiote, souvent déficient → complémentation utile.
7. Doses optimales
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Les effets osseux sont visibles dès ~30 ng/ml
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Les effets immunitaires et anti-inflammatoires apparaissent à des taux plus élevés
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Certains experts recommandent 50 à 100 ng/ml
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La toxicité est rare et observée au-delà de 150 ng/ml
Conclusion
La vitamine D ne peut pas agir seule.
Pour être efficace, elle a besoin :
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de vitamine A
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de fer
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d’un bon microbiote
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d’une digestion fonctionnelle
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d’un foie et de reins en bonne santé
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et d’un contexte génétique favorable
C’est pourquoi un bilan global fonctionnel est bien plus pertinent qu’un simple dosage isolé de la vitamine D.

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